Quel anniversaire pour les 10 ans de l’accord de Paris ?
Malgré les graves crises traversées depuis son adoption, l’Accord de Paris adopté le 12 décembre 2015 demeure l’un des socles de référence de l’action climatique mondiale.
Ratifié par 196 pays, il incarnait un consensus international visant à limiter le réchauffement climatique à +1,5°C par rapport aux températures préindustrielles.
Sans jamais perdre son assise, l’Accord a survécu aux crises géopolitiques, sanitaires, économiques, et démocratiques ainsi qu’au départ du deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre, malgré son retour temporaire sous la présidence Biden.
Dix ans après son adoption, l’Accord de Paris prouve donc sa résilience et son efficacité relative : il fonctionne encore en tant que référent sur lequel s’accorde le plus grand nombre, mais la poursuite effective de ses objectifs reste un défi.
Un cap et des mesures claires, mais des résultats mitigés
L’Accord de Paris repose sur une structure juridique particulière : chaque Etat détermine ses propres contributions nationales de réduction d’émissions (NDC), et les soumet tous les cinq ans au secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC).
Mais les bases scientifiques ressortant du rapport de 2025 du Programme des Nations Unies pour l’environnement montrent que les trajectoires climatiques tendent entre +2,2 et +2,5°C d’ici 2100, dans un scénario optimiste de mise en œuvre intégrale des NDC actuellement déposées. L’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris semble compromis.
Pour autant, le GIEC souligne qu’en l’absence de politiques climatiques, le réchauffement mondial pourrait dépasser les +4°C.
L’Accord de Paris a donc produit des effets, mais leur efficacité est moindre que prévue à ce stade.Surtout le respect des trajectoires suppose un effort maintenu dans la durée et par tous…
Des approches différenciées
L’une des forces, mais aussi l’une des limites de l’Accord de Paris réside dans la grande souplesse de son architecture. En laissant aux États la liberté de définir leurs trajectoires nationales, il a rendu possible une adhésion quasi universelle à ses objectifs mais au prix d’une mise en œuvre très hétérogène.
Cette diversité reflète certes des différences de capacités économiques et technologiques, mais aussi des choix politiques d’approche quant à l’urgence climatique qui ne sont pas tributaires de l’état de richesse des différents Etats.
Certaines régions, à commencer par l’Union européenne ont respecté une application juridiquement exigeante de leurs engagements Les objectifs issus de l’Accord de Paris y sont traduits dans un corpus normatif dense et de plus en plus contrôlées par le juge.
D’autres Etats privilégient des formes de pilotage plus politiques ou administratives. La Chine par exemple illustre un modèle fondé sur une planification étatique et de régulation administrative avec des objectifs de long terme clairs mais une justiciabilité limitée.
Les États-Unis incarnent, pour leur part, la fragilité d’un engagement soumis à des changements de cap pouvant être compensés, dans une certaine mesure, par des actions locales, mais qui nuisent à la prévisibilité et à la lisibilité de leur action climatique.
Dans les pays du Golfe, grands émetteurs de GES, l’action climatique s’inscrit dans une logique de diversification économique et de gestion de la transition plutôt que de rupture. L’affichage d’objectifs de neutralité carbone et le maintien d’une forte dépendance aux énergies fossiles, font ressortir les tensions propres aux économies rentières face aux exigences de l’Accord de Paris.
Et après Paris ? Le rendez-vous de Belém
La COP30 de Belém, organisée en novembre 2025 au Brésil portait une forte charge symbolique dans le pays qui détient la plus grande part de la forêt amazonienne, le “poumon de l’humanité”. De l’avis général, son résultat a été décevant.
Quelques engagements néanmoins montrent que dix ans après l’Accord de Paris, le cadre demeure, les objectifs sont connus, et les outils juridiques se renforcent progressivement. Reste désormais à maintenir et à traduire ses trajectoires à l’échelle de tous les Etats.
Un vœu louable pour cette nouvelle année



